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J'aurais voulu être
une diva
Princesses intimes
Oz
J’aurais voulu être une diva
Petit garçons, beaucoup rêvaient de sauver la planète à grands renforts de « Ta da da da da !!! », Le bruit mécanique de la mitraillette du soldat, vaillant, couillu, humiliant ses prisonniers à grand renfort de jouets pour adultes… Là où mes petits camarades n’en pouvaient plus de se polluer sur cette blonde à forte poitrine, courant à demi nue sur des plages de magazines ; écervelée au possible (mais tout de même capable d’apprendre un minimum de texte) ; d’autres orientaient leurs fantasmes sur le bricoleur de l’impossible avec sa coupe à la brosse et ses baskets montantes, capable de tout avec trois fois rien ! Mais moi j’aurais voulu être une Diva ! Une de ces femmes diaphane, élancée et intouchable. Une de celle que ces messieurs se seraient arraché, se fendant le cœur pour moi. J’aurais tout de l’attitude qu’il aurait fallu avoir, car je l’ai répété de trop nombreuses fois dans ma tête : princesse sortie de nulle part ; vierge au cœur pur, parlant aux oiseaux. La silhouette fine, l’allure sensible, des yeux de biche… mais bleus. Une assurance sur scène, -car les divas ne vivent que sur scène- digne de La Callas. Un grand regard cerclé de noir, perçant, traversant les salles, pourfendant les cœurs et les âmes ; incarnant tour à tour les plus grands rôles du répertoire, ne défaillant jamais ! Alice, Margared, ou même cette pauvre Lakmé n’auraient plus de secret pour moi… m’immisçant en elles, enfilant leur peaux, m’imprégnant de leurs odeurs. Les créateurs du monde entier, et de bien plus loin encore, m’auraient paré des plus somptueux bijoux, des plus somptueuses robes. Handel lui-même se serait évanoui devant ma rayonnante suprématie ! Hélas ! Trois fois hélas ! Ma déchéance n’aurait d’égal que mon écrasant talant. Tombée dans l’oubli pour avoir trop forcé sur ma voix, j’hésite encore sur ma fin pitoyable. Celle d’une Prima Donna vivant recluse dans une petite chambre de bonne parisienne, ressassant le passé en brassant mes souvenirs encore et encore. Ignorée de tous, le petit monde de la musique rirait de moi, n’étant plus que l’ombre de moi-même et disparaissant dans une totale éclipse d’indifférence. Ou alors, j’aurais été une vieille tenancière d’un thé dansant gay, vêtue de vieilles robes en velours noir, les seins tombants, un chignon que j’aurais fait tenir avec de vieilles barrettes en or blanc et en perles, -cadeau enflammé d’un admirateur fou -, fumant trop pour me donner une quelconque contenance… j’aurais été une de ces grandes dames faussement inaccessible, capricieuse et alcoolique, toujours à parler les lèvres déployées et les dents serrées comme ces pimbêches de machines à café, toujours trop stressées. J’aurais établi mon Q.G. dans une petite rue de la ville. J’aurais tenu là, un petit café coquet dont le plafond serait percé d’une verrière dont la lumière passant au travers, baignerait un petit ensemble de tables et de chaises en osier ; le tout dans une ambiance beaucoup trop cosy pour être acceptable. Une petite estrade me servirait à me produire pour mes quelques admirateurs, poussière de public d’un autre temps, celui où je me moquais de Régine Crespin avant que cette dernière ne me rattrape. J’aurais vieilli, dans le souvenir heureux de ma jeunesse et de ma gloire, fière d’une carrière qui se serait achevée trop tôt, mourant dans un dernier vibrato.
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